Depuis le rachat de VMware par Broadcom fin 2023, la politique tarifaire agressive du géant des semi-conducteurs provoque un exode sans précédent. Nutanix, son rival le mieux positionné, revendique aujourd'hui 30 000 clients dans le monde, dont un nombre croissant d'ex-utilisateurs de VMware, et affiche ses ambitions lors de sa conférence annuelle .NEXT 2026 à Chicago. Western Union, le parc Everland en Corée du Sud, et des dizaines de milliers d'autres organisations ont voté avec leurs contrats. Portrait d'une recomposition historique du marché de la virtualisation d'entreprise.Novembre 2023. Broadcom finalise le rachat de VMware pour environ 69 milliards de dollars, l'une des plus grandes acquisitions de l'histoire de l'informatique d'entreprise. Quelques semaines plus tard, la nouvelle direction annonce une refonte radicale du modèle commercial : fin des licences perpétuelles, passage intégral aux abonnements, réduction drastique du catalogue (plus de 8 000 références ramenées à quatre grands bundles) et restructuration profonde du réseau de partenaires revendeurs, dont des milliers sont évincés au profit d'une vente directe aux grands comptes.
Le choc est immédiat. Des clients voient leurs tarifs multipliés par trois, et dans des cas extrêmes (un cas très médiatisé impliquant une grande entreprise américaine), les hausses atteignent environ 1 050 %. En Europe, l'observatoire indépendant ECCO, constitué autour du CISPE (Cloud Infrastructure Services Providers in Europe), documente des hausses de coûts de licence allant de 800 à 1 500 % depuis la prise de contrôle par Broadcom. Des entreprises françaises de premier plan comme Orange et Thales contestent contractuellement ces modifications. En France, la Caisse nationale d'assurance maladie est parvenue à faire plier Broadcom sur la question des licences perpétuelles déjà payées sous forme de jetons.
Broadcom a justifié ces changements comme une simplification du catalogue, alignée sur les tendances SaaS du secteur. Mais pour les clients, cette transformation s'est avérée abrupte et unilatérale. À partir d'avril 2025, la politique tarifaire se durcit encore : un minimum de 72 cœurs par CPU est instauré, pénalisant fortement les opérateurs de petits clouds privés, pour lesquels un serveur à dix cœurs se voit facturé comme s'il en disposait de 72. Une surcharge de 20 % sur la première année s'applique également en cas de renouvellement tardif.
La colère gronde, mais l'inertie technique retient encore de nombreuses organisations. Selon une étude de Rimini Street conduite au quatrième trimestre 2024, 98 % des entreprises interrogées indiquent rechercher des alternatives à VMware, la principale raison citée étant les hausses de prix, mentionnées par 45 % des répondants.
Nutanix, le grand bénéficiaire
Dans ce contexte de désenchantement massif, Nutanix occupe une position de choix. L'entreprise californienne, fondée en 2009, a bâti sa réputation sur une infrastructure hyperconvergée (HCI) simple à opérer, intégrant calcul, stockage et réseau dans une plateforme unifiée. Sa conférence annuelle .NEXT, tenue cette année à Chicago du 7 au 9 avril 2026, est l'occasion pour la société de mesurer et de célébrer l'ampleur de sa moisson.
Nutanix revendique désormais plus de 30 000 clients dans le monde. Le PDG Rajiv Ramaswami indique que Nutanix considère être une option pertinente pour 165 000 des clients actuels de VMware, et que la société enregistre entre 500 et 1 000 nouveaux clients par trimestre, dont beaucoup sont d'anciens utilisateurs de VMware en quête d'une nouvelle relation fournisseur. Sur l'exercice fiscal 2025, Nutanix a attiré plus de 2 700 clients ayant abandonné au moins un service VMware, et 640 supplémentaires au dernier trimestre.
Ramaswami se garde d'un excès d'optimisme : il reconnaît lui-même que 200 000 clients VMware existent dans le monde, et que les 2 700 migrations annuelles, bien qu'encourageantes, ne représentent qu'une fraction du marché adressable. Il s'attend néanmoins à des vagues migratoires de plus en plus importantes à mesure que les produits VMware arrivent en fin de vie ou que les contrats atteignent leur date de renouvellement.
Western Union, Everland : les visages de la migration
La conférence .NEXT 2026 est aussi une vitrine de témoignages clients soigneusement orchestrés. Parmi les plus emblématiques : Western Union, multinationale de 175 ans spécialisée dans les transferts d'argent, présente dans plus de 200 pays.
Brandon Shaw, vice-président chargé des services technologiques chez Western Union, annonce que l'entreprise est, depuis six mois, en pleine migration de 900 à 1 200 applications tournant sur une flotte de 3 900 cœurs de serveurs. Le choix de quitter VMware s'est imposé dans un contexte de transformation interne, mais aussi de frictions commerciales avec Broadcom. Shaw reconnaît que Western Union entretenait des relations correctes avec Broadcom et utilisait certains de ses produits non-VMware, mais fait état de « difficultés à travailler en partenariat » avec le groupe, et souligne que la nouvelle politique tarifaire imposant l'achat de la suite VMware Cloud Foundation représentait un coût considérablement...
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