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Tesco transfère 40 000 charges de travail de serveurs hors de VMware en raison des pratiques « abusives et déloyales » de Broadcom,
Et réclame des indemnités pour les coûts imprévus de migration

Le , par Mathis Lucas

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Tesco transfère 40 000 charges de travail de serveurs hors de VMware en raison des pratiques « abusives et déloyales » de Broadcom
et réclame des indemnités pour les coûts imprévus de migration

Le géant britannique de la distribution Tesco a entamé une transition majeure pour retirer 40 000 charges de travail des serveurs de VMware à la suite d'un litige commercial avec Broadcom. La société accuse Broadcom de pratiques abusives et déloyales, notamment une augmentation de prix de 175 % et le refus d'honorer des contrats de licence perpétuelle préexistants. Tesco a porté l'affaire devant la justice britannique, réclamant des indemnités significatives pour les coûts de migration imprévus. Broadcom voulait rentabiliser VMware à marche forcée, mais a surtout ouvert la plus grande fenêtre de migration que le secteur ait connue depuis dix ans.

Tesco a intenté une action en justice contre Broadcom devant la Haute Cour du Royaume-Uni pour rupture de contrat. Le litige trouve son origine dans un accord conclu en janvier 2021, en vertu duquel Tesco a fait l'acquisition de licences perpétuelles pour les logiciels VMware vSphere Foundation et Cloud Foundation, ainsi qu'un abonnement à VMware Tanzu et des services d'assistance valables jusqu'en 2026, avec une option de prolongation.

Cependant, à la suite du rachat de VMware par Broadcom en novembre 2023, ce dernier a refusé d'honorer les termes de ce contrat. Au lieu de cela, Broadcom a exigé que Tesco paie des coûts excessifs pour « des logiciels déjà acquis », puis a imposé l'achat de licences d'abonnement redondantes pour continuer à bénéficier de l'assistance technique. (Broadcom a remplacé les licences perpétuelles par des abonnements, jugés plus rentables.)

De plus, le géant des semiconducteurs a cessé de fournir son assistance à Tesco dès le mois de janvier, contraignant l'entreprise à se tourner vers des services tiers. Selon la plainte, Broadcom aurait également refusé de fournir des mises à jour de sécurité sans la souscription à de nouveaux abonnements.

Un impact financier avec des hausses de prix jugées abusives

Broadcom a suscité beaucoup de mécontentements à la suite de la restructuration des offres de VMware, poussant de nombreux clients à changer de fournisseurs de solutions de virtualisation. Tesco, qui a généré un chiffre d'affaires d'environ 98,7 milliards de dollars au cours de son exercice fiscal 2026, a fermement rejeté plusieurs offres de Broadcom visant à maintenir l'utilisation des technologies VMware et de ses grands systèmes informatiques.


L'une de ces propositions faites par Broadcom au distributeur britannique s'élevait à environ 24 millions de dollars pour une année de services, ce qui représente une augmentation d'environ 175 % pour les services VMware et une flambée de 350 % pour les offres liées aux grands systèmes informatiques.

Tesco a qualifié ces hausses de prix de manifestement injustes et excessives, et a initialement réclamé au moins 100 millions de livres sterling (environ 133,6 millions de dollars) de dommages et intérêts à Broadcom, VMware et son revendeur Computacenter. De son côté, Broadcom a réfuté le caractère injuste de ces augmentations de tarifs et a rejeté la responsabilité des difficultés rencontrées par Tesco pour trouver des alternatives économiques.

Tesco s'est ensuite vu obligé de migrer 40 000 charges de travail de serveurs hors de l'écosystème VMware. Ce processus de transition s'accompagne de défis majeurs, notamment l'acquisition coûteuse de solutions de remplacement offrant des fonctionnalités réduites. De plus, Tesco est confronté à des problèmes de sécurité des données en raison d'incompatibilités entre ses nouveaux logiciels de virtualisation et les outils Veeam et Zerto qu'il utilise.

Le contexte global et les autres procédures judiciaires à venir

D'après les estimations des professionnels, la migration complète des charges de travail de Tesco ne devrait pas s'achever avant la fin de l'année 2027 au plus tôt, ce qui engendre des risques commerciaux et opérationnels importants pour le distributeur britannique, ainsi que des coûts permanents et des perturbations continues de son activité. L'affaire devrait être portée devant les tribunaux entre le 1er novembre 2027 et le 25 février 2028.

Cette affaire n'est pas un cas isolé. Ce litige s'inscrit dans un contexte de mécontentement généralisé parmi les clients et partenaires de VMware depuis son rachat par Broadcom. Bien que des concurrents comme Hewlett Packard Enterprise et Nutanix tentent d'attirer ces utilisateurs insatisfaits avec de nouvelles offres, Broadcom maintient sa stratégie et affiche de solides résultats financiers, particulièrement auprès des grandes entreprises.

Par ailleurs, Broadcom est également impliqué dans d'autres batailles juridiques avec de gros clients, ayant notamment conclu un accord avec AT&T et accusé Siemens de piratage de logiciels dans une affaire en cours aux États-Unis. Des groupes de défense appellent à des mesures réglementaires contre Broadcom.

Broadcom a supprimé les licences perpétuelles et les modèles de tarification mensuelle « pay-as-you-go » pour les produits VMware, et a rationalisé le portefeuille en quelques grands ensembles qui ne sont disponibles que sur abonnement avec un engagement minimum de trois ans. Ces changements ont suscité une vive inquiétude parmi les clients, en particulier en Europe, où plusieurs clients ont déclaré que cela se traduit par des coûts injustifiés.

Des clients dénoncent une hausse des prix entre 800 et 1 500 %

Broadcom a multiplié les coûts de licence de VMware par huit à quinze depuis qu'il a pris le contrôle de l'organisation. C'est ce que révèle l'Observatoire européen de la concurrence dans le cloud (European Cloud Competition Observatory - ECCO), un groupe indépendant formé par plusieurs organisations de clients et le CISPE (Cloud Infrastructure Services Providers in Europe). Le CISPE représente AWS et 36 fournisseurs de services de cloud de la région.

L'ECCO surveille le comportement des fournisseurs de logiciels accusés d'abuser de leur position de monopole. Son dernier rapport sur VMware, publié le 22 mai 2025, indique que la plupart des membres du CISPE ont été contraints de renouveler leurs accords de licence auprès de Broadcom.

« Ces accords ont souvent été signés sous forte pression, influencés par un manque d'alternatives, des résiliations abruptes de contrats et des incitations financières telles que des rabais pour des engagements à plus long terme », note le rapport. Bien que ces accords aient été signés, les clients font face à des coûts élevés et des désavantages opérationnels en raison des conditions imposées par le cadre de licence remanié de Broadcom pour VMware.

« Les membres du CISPE ont signalé à la Commission des hausses de prix allant de 800 % à 1 500 %. Les prix ont souvent été multipliés par dix », note le rapport. Lorsque les clients acceptent des contrats fixes de trois ans, Broadcom propose des remises de 30 à 50 % sur la hausse des prix. Les détenteurs de licences perpétuelles ont reçu une injonction leur ordonnant d'annuler les correctifs installés après la fin de leurs accords d'assistance.

Nutanix : grand bénéficiaire de l'exode déclenché par Broadcom

Dans ce contexte de désenchantement massif, Nutanix occupe une position de choix. L'entreprise californienne, fondée en 2009, a bâti sa réputation sur une infrastructure hyperconvergée (HCI) simple à opérer, intégrant calcul, stockage et réseau dans une plateforme unifiée. Sa conférence annuelle .NEXT, tenue cette année à Chicago du 7 au 9 avril 2026, a été l'occasion pour le fournisseur de mesurer et de célébrer l'ampleur de sa moisson.

Nutanix revendique plus de 30 000 clients dans le monde. Le PDG Rajiv Ramaswami indique que Nutanix est une option pertinente pour 165 000 des clients actuels de VMware, et que la société enregistre entre 500 et 1 000 nouveaux clients par trimestre, dont beaucoup sont d'anciens utilisateurs de VMware. En 2025, Nutanix a attiré plus de 2 700 clients ayant abandonné au moins un service VMware, et 640 supplémentaires au dernier trimestre.

Rajiv Ramaswami se garde d'un excès d'optimisme : il reconnaît lui-même que 200 000 clients VMware existent dans le monde, et que les 2 700 migrations annuelles, bien qu'encourageantes, ne représentent qu'une fraction du marché adressable. Il s'attend néanmoins à des vagues migratoires de plus en plus importantes à mesure que les produits VMware arrivent en fin de vie ou que les contrats atteignent leur date de renouvellement.

En 2026, les clients de VMware tentent toujours de se débarrasser de ses logiciels. Selon l'enquête de CloudBolt Software « The Mass Exodus That Never Was: The Squeeze Is Just Beginning », qui examine la manière dont les responsables informatiques des entreprises réagissent actuellement à l'acquisition de VMware par Broadcom, jusqu'à 86 % des entreprises réduisent activement leur utilisation de VMware. Un signal fort du mécontentement.

Conclusion

Le départ forcé de Tesco engendre des risques opérationnels et techniques complexes, car les nouvelles solutions logicielles peinent à s'intégrer aux outils de sécurité actuels. Ce conflit illustre les tensions croissantes entre Broadcom et ses grands clients depuis le rachat de VMware, poussant certains à chercher des alternatives technologiques. Le procès, qui s'annonce déterminant pour le secteur, ne devrait pas débuter avant la fin de l'année 2027.

Alors que Broadcom se défend en affirmant que les hausses de prix sont justifiées par les améliorations apportées aux produits et services VMware, il est difficile d'ignorer le mécontentement généralisé des clients. Les hausses de prix allant jusqu'à 1 500 % et l'arrêt des licences perpétuelles ont été perçues comme des mesures arbitraires visant à augmenter les revenus de Broadcom sans offrir de valeur ajoutée significative aux clients.

Le mécontentement des utilisateurs soulève des questions importantes sur la stratégie à long terme de Broadcom. En cherchant à maximiser les profits à court terme, le géant américain des semiconducteurs et du cloud pourrait compromettre la fidélité de sa clientèle et pousser les clients à explorer d'autres options. Les hausses de prix pourraient nuire à la réputation de Broadcom en tant que partenaire technologique fiable et orienté client.

Source : Tesco vs Broadcom

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